Retour de mobilité de Philippe Delacote - Projet FORECRED

Retour d'expérience de Philippe Delacote dans le cadre de sa mobilité internationale réalisée à la Florence School of Regulation de l'Institut Universitaire Européen, dans le cadre de ses travaux sur l’analyse économique des crédits carbone.

Cette mobilité a été réalisée dans le cadre de mes travaux sur l’analyse économique des crédits carbone.  Les crédits carbone sont un moyen important pour la transition bas carbone, en particulier pour pallier au manque de financements publics pour les transferts Nord-Sud dans le cadre de la finance climatique globale. Les projets liés à ces crédits sont en effet surtout localisés dans les Pays du Sud, mais ce type de mécanisme est également développé dans les pays industrialisés, dans le cadre des projets qui, par exemple, obtiennent le Label Bas Carbone français ou seront certifiés sous la régulation européenne  du Carbon Farming . Le principe est simple : un porteur de projet de réduction des émissions ou de séquestration de carbone fait vérifier par un organisme certificateur l’estimation de son impact par rapport à un scénario de référence. Cette estimation certifiée donne lieu à des crédits carbone, qu’il peut ensuite vendre à des entreprises, pays ou individus souhaitant compenser une partie de leurs émissions

De nombreuses controverses remettent en question la crédibilité et les impacts de ces mécanismes. Réduisent-ils véritablement les émissions de gaz à effet de serre ? Plusieurs études académiques soulignent que les réductions d’émissions et séquestration de carbone réelles sont souvent bien inférieures à celles annoncées. Plus spécifiquement, les projets de déforestation évitée, la gestion et la régénération des forêts, ou encore les foyers à efficacité améliorée ont tendance à surestimer leur efficacité. En même temps, cette tendance à la surestimation sert l’intérêt de toutes les parties prenantes: c’est là que naissent les suspicions. Les projets sont évalués par des auditeurs tiers désignés par les certificateurs, selon des méthodologies complexes et souvent hétérogènes, tandis que les questions de gouvernance demeurent entières sur un marché encore non régulé.

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Pour renforcer la crédibilité des crédits carbone, nous préconisons deux pistes majeures. D'abord, une transparence accrue s'impose : sur les méthodologies de certification, les transactions et la répartition des revenus le long de la chaîne de valeur, afin de lutter contre le greenwashing et de garantir que les communautés locales bénéficient réellement des projets. Des plateformes numériques, une réglementation harmonisée et la publication des prix d'échange constituent des leviers concrets pour y parvenir. Ensuite, il est indispensable de fiabiliser les scénarios de référence en généralisant les méthodes quasi-expérimentales, qui comparent zones traitées et zones témoins pour isoler l'effet causal des projets sur la réduction des émissions. L'importance croissante de cet instrument dans les négociations internationales impose un haut niveau de rigueur méthodologique.

Mon séjour à la Florence School of Regulation de l'Institut Universitaire Européen entre dans le cadre de ces analyses. En effet, l’équipe dirigée par Simone Borghesi travaille sur les politiques climatiques européennes. En particulier, ma visite a coïncidé avec la rédaction de leur part d’un Policy Brief sur l’intégration des crédits carbone internationaux. Nous avons ainsi pu échanger régulièrement sur le contenu de cet article. Ces discussions ont également nourrit la réflexion autour de la publication d’un policy brief réalisé avec Tara L’Horty, sur la fongibilité des crédits carbone.

Au cours de ce séjour, j'ai également eu l'opportunité de présenter mes travaux dans divers séminaires. Ainsi, les travaux auxquels je contribue sur l'efficacité des paiements pour la réduction de la déforestation ont été présentés à la Fondazione Eni Enrico Mattei, dans un séminaire organisé par Giulia Vaglietti. J’ai également eu l’opportunité de passer quelques jours à l’Université de Bologne, où j’ai pu présenter mes travaux sur l'adaptation aux sécheresses et à la déforestation, dans un séminaire organisé par Emanuele Campiglio. J’ai également eu l’occasion d'accueillir Emilie Cocco et son co-directeur de thèse François Bareille pour une session de travail et un séminaire sur les infrastructures d'irrigation et la transformation systémique de l'agriculture. Enfin, j’ai pu passer quelques jours à Rome et L’Aquila, pour des réunions de travail et discussions, notamment au sujet des enquêtes de terrains réalisés par la Banque Mondiale, avec Pauline Castaing.

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Enfin, ce séjour m’a permis de rencontrer et d’échanger avec de prometteuses doctorantes et doctorants du département d'économie de l’Institut Universitaire Européen à propos de leurs recherches sur les questions environnementales et climatiques.

… et de profiter des plus beaux bureaux qui soient.

Merci au PEPR FORESTT pour le financement de ce projet.